Perspectives

Boucle d'or et les 3 ours

18 janvier 2018

A l’heure des bilans annuels et des traditionnelles questions sur les perspectives des marchés pour 2018, l’ensemble de la presse financière s’interroge désormais sur les chances de la prolongation des fameux Goldilocks (ie Boucles d’or).

Comprendre en substance et dans le désordre : la constante amélioration des conditions financières accordées aux entreprises et aux particuliers, la faiblesse de la volatilité sur les marchés, l’homogénéisation de la croissance mondiale au-dessus du consensus, la stabilité des prix, en dépit d’une remontée des cours du pétrole et des matières premières, etc…. De quoi expliquer a posteriori la bonne tenue des marchés financiers cette année, mais aussi s’interroger sur la persistance d’une conjoncture financière si favorable pour 2018. L’état de grâce sur les marchés peut-il durer ?

Les 3 principales banques centrales, Reserve Fédérale Us, BCE et Bank du Japon, ont été encore une fois les principaux artisans de cette année financière réjouissante :
A coup d’injections monétaires, dites non orthodoxes et donc potentiellement dangereuses à terme, les banquiers centraux ont permis à la fois le maintien des taux sur des niveaux anormalement bas, au regard des prévisions de croissance économique mondiale (supérieure à 3.5% en 2017 et 2018 au niveau mondial et supérieure à 2% aux USA et en Europe), le retour des coûts du crédit sur les niveaux d’avant crise de 2008 et la progression en euros des indices boursiers mondiaux entre +5% et +15% suivant les zones géographiques.

Pendant toutes ces années, les banques centrales ont délibérément augmenté la taille de leur bilan, ramassant sur les marchés un éventail de lignes obligataires de plus en plus large. Aujourd’hui, alors qu’elles entament un régime nécessaire (à l’exception de la Banque du Japon qui conserve inchangé le montant de ses achats mensuels), les marchés restent néanmoins confiants. Ces ours bienfaiteurs ne vont pas se mettre à la diète si rapidement. En 2013, le gouverneur d’alors de la FED avait provoqué un « cataclysme » sur les marchés en énonçant clairement ce que personne ne voulait entendre : « le Quantitative Easing aura forcément une fin et les marchés doivent dès à présent anticiper la normalisation monétaire à venir ». Ce discours de bon sens, mais inaudible pour des marchés encore fragilisés par les crises de 2008 et 2011, avait entraîné une si forte correction que la toute puissante FED avait fait marche arrière. Le Quantitative Easing a duré 4 ans de plus et la Fed n’a pu relever ses taux qu’à dose homéopathique.

Aujourd’hui, la donne a changé. Le cycle de croissance économique s’est prolongé, les indices de confiance sont sur des points hauts, le chômage est au plus bas aux Usa et recule en zone euro, les résultats des entreprises ressortent pour la plupart des cas au-dessus des attentes, la réforme fiscale américaine tant voulue par D. Trump sera finalement adoptée dans sa version expurgée et le système bancaire est globalement purgé des créances douteuses accumulées. Les béquilles apportées par les banques centrales pendant presque 10 ans ne se justifient plus et les marchés ne s’inquiètent plus de leur suppression programmée.

L’arrêt du Quantitative Easing et la normalisation monétaire attendue ne devraient pas provoquer de correction majeure sur les marchés. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille renforcer notre vigilance en 2018 : la très faible volatilité n’est pas un gage de sécurité. Au contraire, tout choc pourrait entraîner une correction d’autant plus violente qu’il ne serait pas anticipé. De même, les risques géopolitiques larvés dans le monde (Corée du Nord, Moyen Orient, Brexit, élections en Italie) pourraient finalement s’imposer. Idem pour les collusions de l’équipe de campagne de M.Trump. Enfin, la nécessaire intervention de la Chine pour corriger son niveau d’endettement hors normes peut provoquer une onde de choc sur son économie et celles de ses principaux partenaires commerciaux qui entranerait à coup sûr un violent coup d’arrêt à la dynamique de croissance actuelle.

Les Goldilocks de 2017 peuvent se poursuivre en 2018 mais les marchés financiers risquent de les occulter. L’année 2018 peut nous réserver bien des surprises.

Extrait de La Lettre de La Gestion Privée « En Particulier »

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