Carbon Impact

L’invité de La Française

23 octobre 2018

Valérie Masson-Delmotte est  paléoclimatologue, chercheuse au Commissariat à l’énergie atomique et plus précisément au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, co-présidente du groupe de travail du GIEC (bases physiques du climat). Interviewée par Franck Rousseau,  Valérie Masson-Delomtte revient sur le dernier rapport du GIEC publié le 8 Octobre, le rôle des scientifiques dans la prise de conscience du changement climatique mais aussi celui des acteurs de la finance.

Qu’apporte le nouveau rapport du GIEC à la société ?

C’est un rapport qui montre que le changement climatique est une réalité. Cela affecte les personnes, les écosystèmes et les modes de vie partout dans le monde. En particulier à travers l’intensification d’évènements extrêmes comme les vagues de chaleur ou les pluies torrentielles.
Il montre également que limiter le réchauffement climatique à 1,5° par rapport à 2° ou davantage cela a des bénéfices très nets.
Cela évite l’intensification de ces évènements extrêmes. Cela permet de limiter le risque de perte irréversible d’Ecosystèmes aussi bien terrestres que marins, comme les récifs coraux. Cela permet également d’éviter d’exposer des centaines de milliers de personnes aux risques climatiques et au risques de sombrer dans la pauvreté dans le monde et cela souligne le lien étroit climat-biodiversité, climat-développement.
Limiter le réchauffement climatique à 1,5° par rapport à 2°, c’est donner plus de marge pour l’adaptation et la résilience.

Notre rapport montre aussi que cela n’est pas impossible de limiter le réchauffement climatique à 1,5° mais cela demanderait des transitions sans précédent des grands systèmes ; systèmes énergétiques, de gestion des terres, la manière de penser les villes, les systèmes industriels.
Tout cela dépend de la capacité à déployer des financements pour ces transitions mais cela dépend aussi des choix individuels et des modes de vie.

Enfin faire ces efforts de transition pour réduire les rejets de gaz à effet de serre pour s’adapter à un climat qui change cela peut aller vers les objectifs mondiaux du développement et particulier le bien être pour tous.

Les trois principaux messages de ce rapport sont :

  • Chaque degré de réchauffement compte
  • Chaque année compte
  • Chaque choix compte et en particulier les choix qui protègent les plus vulnérables

Quel rôle peut jouer l’expert climatique dans la prise de conscience du réchauffement climatique ?

Le fait d’expliquer que lorsque l’on rajoute des gaz à effet de serre, on protège de la chaleur qui ne peut plus partir vers l’espace. Que cette chaleur s’accumule, que c’est responsable du réchauffement de l’air mais aussi du réchauffement des océans, de la fonte des glaces. Que le réchauffement des océans et de la fonte des glaciers sont responsables de la montée des mers.
C’est expliquer qu’un climat qui change c’est un climat où les évènements extrêmes changent. Par exemple, un degré et demi plus chaud, c’est 3 degrés de plus sur les vagues de chaleur. C’est aussi un monde où les pluies torrentielles sont renforcées.

Il y a le rôle de l’expert climatique, du chercheur mais aussi le rôle de l’ensemble de la société. Chez vous, qu’est-ce que cela implique un climat qui change ? Qu’est-ce que cela implique sur la manière dont vous vivez ? Qu’est-ce que cela implique sur la manière dont on va gérer nos forêts ? Car l’échelle de temps d’une forêt, c’est l’échelle de temps du climat. Qu’est-ce que cela implique sur la façon de penser nos bâtiments pour qu’ils nous protègent des vagues de chaleur et que l’on réduise la facture énergétique des besoins de chauffage ?
Pour chaque secteur d’activité, cela demande de regarder en quoi on est vulnérable sur les chaînes d’approvisionnement, vulnérable par rapport au risque climatique mais aussi à quel point on est responsable ; faire un bilan carbone individuel, un bilan carbone à l’échelle de chaque secteur de la société. Cela permet d’avoir autant de leviers pour agir et pour faire des choix qui sont responsables.

Je pense que le rapport n’est pas alarmiste. Il est lucide et il nous met tous, chacun à notre échelle, devant nos responsabilités.

Quel rôle pour les financiers dans le cadre de la transition énergétique ?

Le rôle de la finance il est indispensable. Indispensable pour la transition des grands systèmes ; les systèmes énergétiques. Il y a un enjeu majeur à redéployer la gestion d’actifs vers les options de bas carbone pour éviter à la fois des actifs captifs sur les énergies fossiles desquelles il faut sortir et pour permettre d’accélérer le déploiement de solutions bas carbone. Il y aussi des enjeux sur l’efficacité énergétique. Par exemple en France, l’isolation des bâtiments. Il y a d’autres enjeux pour la finance ; il y a la finance de l’aménagement urbain, la finance avec l’augmentation de la résilience avec les infrastructures. Un sujet qui est émergent mais important c’est la finance pour l’adaptation et en particulier l’adaptation dans les régions les plus vulnérables du monde.

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