La lettre de Xavier Lépine

Stratégie d’investissement, digitalisation et démocratie

Xavier Lépine
24 octobre 2016
La digitalisation de l’économie s’accélère et constitue un retournement de tendance profond. Si le phénomène se poursuit, on peut facilement imaginer que des unités de production de proximité verront le jour au détriment des grands complexes à l’autre bout du monde.
Bien évidemment, les pays émergents pour des raisons de dynamiques propres, continueront d’avoir une croissance supérieure à celle des pays développés.

 

Pour autant, les grands groupes vont devoir faire face à un changement important de leur mode de fonctionnement. Que doit faire le constructeur automobile si, dans 15 ans, les jeunes ne passent plus leur permis de conduire car la voiture sera devenue autonome ? Comment doit s’organiser aujourd’hui le géant de la restauration collective Sodexo si 80% de ses 300.000 salariés sont remplacés par des robots ? Que doivent faire les pétroliers et les acteurs du nucléaire alors que l’énergie solaire double sa productivité tous les 2 ans depuis 10 ans et qu’à ce rythme, 100% de l’électricité actuellement produite sera issu du soleil ?

Chaque entreprise doit assumer le fait que son activité va se retrouver bouleversée et s’organiser en conséquence. Le secteur financier doit aussi prendre en compte cette nouvelle donne. Les investisseurs doivent ainsi plus que jamais s’intéresser au « private equity » (capital risque), d’autant que cette classe d’actifs permet des rendements supérieurs car elle est dégagée des contraintes court-termistes imposées par la cotation.

Il faut toutefois veiller à investir uniquement dans les nouvelles technologies « utilisables », c’est-à-dire industriellement déployables Il ne faut pas non plus oublier que si l’on entend beaucoup parler des succès, comme le champion tricolore du covoiturage BlaBlaCar, les cimetières sont plein de start-ups qui ont failli. La bonne nouvelle est que, si beaucoup de ces paris échouent, ils sont unitairement peu coûteux.

Sur le plan sectoriel, il est à peu près certain que la transition énergétique est engagée et que l’accélération de la technologie conduit à privilégier les fonds pariant sur la « décarbonation » de l’économie. Certains secteurs, comme l’éducation et d’une manière plus générale celui du traitement de l’information, semblent également avoir un très bel avenir devant eux. Idem pour le « bio-tech » et le « bio-médical ».

L’investissement risqué dans des jeunes pousses non cotées peut être contrebalancé par des placements à faibles risques et au revenu récurrent, tel l’investissement dans l’immobilier locatif résidentiel ou dans des résidences gérées (maisons de retraite, résidences étudiantes…). En matière d’actions cotées, il faut plutôt se méfier des indices. Ils ne permettent pas de décerner quelles entreprises vont réussir leur mue technologique. Il est préférable de faire confiance aux analystes financiers capables de distinguer celles qui sont le plus menacées et celles qui s’adaptent aux nouveaux défis instaurés par la digitalisation de l’économie.

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