Carbon Impact

Retour sur Le Mix : Carbon Impact

03 août 2018

Pour son premier évènement phygital (en présentiel et digital simultanément), La Française avait choisi un lieu inspirant, Le Live Point, et un thème qui ne l’était pas moins  : changement climatique et impact carbone ont été au cœur d’un débat alimenté de points de vue forts divers. Du politique qui structure le cadre à l’investisseur qui détient l’argent ; en passant par l’entreprise qui fait (ou ne fait pas) ou l’économiste qui permet de mieux comprendre l’enjeu et le futur ; et enfin au gérant qui oriente l’argent et façonne une certaine économie en finançant certaines entreprises et non d’autres. Ces différentes expertises ont alimenté des échanges riches de leur diversité et la question de l’impact carbone a tenu en haleine l’assistance par ailleurs sollicitée à divers moments pour voter.

 

Le politique en la personne de Line Beauchamp, Ministre du Développement Durable au Canada de 2007 à 2011, nous a rappelé l’importance du spatio temporel en matière de climat et d’impact carbone. L’espace car en matière de politique il faut trouver le bon niveau pour agir, surtout lorsque des pays, et non des moindres, se positionnent en retrait de la lutte contre le changement climatique. Or le niveau local, par exemple celui des Etats membres d’une fédération comme le Québec, peut être un lieu de mise en place de politiques plus ambitieuses qu’au niveau national et bien sûr international. Ce niveau d’intervention du politique, lorsque l’on s’en saisit, peut être structurant et apporter des résultats relativement rapides et ciblés. C’est ce qu’a fait le Québec en 2013 en s’alliant avec la Californie pour mettre en place un marché du CO2 avec plafonnement d’émissions pour certains secteurs. En imposant des plafonnements puis réductions des droits d’émissions dans certains secteurs, en lieu et place d’une taxe qui peut être répercutée au client final, le gouvernement québécois a favorisé une nécessaire innovation technologique. C’est la logique du marché du CO2 mis en place que de forcer à des innovations technologiques afin d’atteindre les objectifs fixés et qui évoluent en exigence au fil du temps. Le temps est le deuxième élément clé, car ce système mis en place en 2013 a pu bénéficier des bonnes pratiques comme des essais – erreurs d’autres systèmes développés précédemment, notamment le marché européen des quotas. Et il a pu en donnant du temps aux entreprises à travers des objectifs ambitieux mais atteignables faire bouger les lignes. Il a enfin pu attirer dans le temps d’autres Etats qui l’ont rejoint comme l’Ontario en 2018. A eux deux, Ontario et Québec représentent 60% de la population et de l’économie canadienne…

 

L’entreprise Schneider Electric représentée par son Directeur du Développement Durable, Gilles Vermot-Desroches, incarne quant à elle parfaitement l’innovation nécessaire pour réduire l’impact carbone que le politique appelle de ses vœux. Selon Gilles Vermot-Desroches, le métier de Schneider Electric a évolué et aujourd’hui l’entreprise qui historiquement fournissait du matériel électrique se positionne désormais sur la transition numérique au service de la transition énergétique. Car la digitalisation que nous avons connu ces dernières années n’est que le pâle reflet de ce qui nous attend, même à court terme. D’ici trois ans, nous n’aurons plus seulement 6 à 7 milliards de machines connectées comme aujourd’hui mais dix fois plus soit plus de 60 milliards ! Ces machines seront capables par exemple de se connecter avec le réseau électrique et de se mettre en marche au moment le plus opportun pour le propriétaire comme pour la collectivité. Et c’est cela le métier de Schneider Electric : faire en sorte de connecter les choses entre elles et de gérer les données au profit d’une meilleure efficacité énergétique.

 

Pour le spécialiste du climat Directeur Général du think tank I4CE-Institue for Climate Economics, Benoît Leguet, tout est dit dans l’article 2 de l’Accord de Paris signé à l’issue de la COP21 : limiter le réchauffement climatique à 2° et favoriser un développement bas carbone et résilient au changement climatique. Stabiliser la concentration de CO2 et donc limiter le réchauffement à 2°, nécessite d’arriver à des émissions de CO2 nettes nulles d’ici 30 ans et de rester dans la limite d’un budget d’émissions d’environ 1.000 Milliards de tonnes de CO2 d’ici là. Cela pose beaucoup de questions et nous laisse peu de temps pour y répondre, sans doute par une transformation radicale de l’économie ; ce qui veut donc dire allouer le capital différemment. Mais à ce titre, acheter et vendre c’est un peu comme ‘se passer la patate chaude’, cela ne résout pas le fond du problème. Pour cela l’engagement auprès des entreprises pour les pousser à adopter des stratégies claires compatibles avec une trajectoire 2° est essentiel, sinon le risque de transition, qui est un risque qui a existé de tout temps certes mais se matérialise ici particulièrement rapidement et à grande échelle, menacera nombre des investissements. Il est un autre risque mentionné par cet article 2 à travers le terme ‘résilient au climat’ qui est le risque climat ou risque physique. Un risque sur lequel nous nous sommes collectivement peu penchés jusqu’ici mais dont les effets pourraient être -rapidement- extrêmement importants. Comme le rappelle Benoît Leguet, ce sont 5° qui nous séparent des mammouths… tandis que les investissements prévus par l’industrie pétrolière nous placent sur une trajectoire de +7° ! Ce risque climat est sans doute gravement sousestimé car peu facile à appréhender dans ses conséquences financières mais c’est un sujet clé pour les prochaines années.

 

L’investisseur institutionnel, ici le Groupe Pasteur Mutualité représenté par son Président le Docteur Michel Cazaugade, prend conscience du rôle que non seulement il peut jouer mais doit jouer pour lutter contre le changement climatique. L’environnement mouvant et la digitalisation n’affectent pas seulement les entreprises, c’est également le lot des médecins que représente le Groupe Pasteur Mutualité (GPM). Aujourd’hui et demain plus encore, le sachant n’est plus seulement le médecin : c’est aussi – par exemple- celui qui dispose de la donnée et sait l’analyser. L’objectif de la médecine elle-même évolue  : demain il s’agira de donner les moyens de vivre avec la maladie. Mais la maladie elle-même peut venir de l’homme et de son action sur l’environnement  : pollution, urbanisation, changement climatique ont des conséquences en terme de santé publique. Et en tant qu’investisseur – médecin c’est une thématique qui résonne particulièrement, nous témoigne le Dr Cazaugade. Grâce à La Française, GPM a pu être informé des enjeux liés au changement climatique et de leur impact sur les investissements. C’est à nouveau La française qui est venu parler au Conseil d’Administration puis le former sur ces sujets. Tout naturellement le Groupe était alors prêt à investir dans un fonds intelligemment structuré permettant d’accompagner la transition énergétique de tous les secteurs et de favoriser l’innovation technologique des plus agiles. Car nous sommes persuadés que tous les secteurs sont concernés par cet enjeu, et qu’ils doivent tous faire leur part du travail et cheminer dans cette transition.

 

Enfin notre dernier intervenant, Laurent Jacquier Laforge, Directeur de la gestion actions et parlant au nom de La Française, société de gestion, a rappelé dans la droite lignée de l’intervention de Benoît Leguet, que les politiques publiques si elles sont essentielles sont loin de tout pouvoir régler et que la mobilisation de l’épargne -des investisseurs institutionnels comme des particuliers- était sans doute un des facteurs clés pour rester sur une trajectoire limitant le changement climatique. Du côté des investisseurs, deux mots ont longtemps freiné les investisseurs les cantonnant à faire ce qu’ils avaient toujours fait et les éloignant des stratégies innovantes. Deux mots pour une expression : responsabilité fiduciaire.
Or depuis quelques années et plus encore depuis quelques mois, les régulateurs et les politiques s’engagent pour dire que la responsabilité fiduciaire n’est pas incompatible avec la prise en compte de certains facteurs E (Environnementaux), S (Sociaux) ou G (de Gouvernance), et notamment avec le risque climatique. Mieux : des études -dont une récemment publiée par La Française mais également par exemple par l’Université de Stanford- viennent prouver l’existence d’un facteur carbone et la possibilité d’associer surperformance verte et performance boursière. Enfin Laurent a insisté face à des questions posées sur la possibilité de créer une bulle verte, sur la nécessité d’investir non seulement dans des petites structures innovantes et dites ‘disruptives’ mais également dans des entreprises ayant compris tout l’enjeu stratégique du changement climatique et déployant sur des échelles bien supérieures des solutions bas carbone sources d’impacts considérables. C’est bien l’enjeu de cette question cruciale que pose la taxonomie verte que la Commission Européenne souhaite développer dans les prochains mois : éclairer les investisseurs sur ce qui est véritablement vert et source d’impact et le distinguer au sein des différentes lignes de business des entreprises, afin à terme de le favoriser auprès des investisseurs.

Retrouvez l’intégralité du rapport Stratégies et Durabilité du mois de juin

Carbon Impact