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L’invité de La Française

14 mars 2019

Philippe Charlez1 est un expert en énergies internationalement reconnu. Interviewé par Franck Rousseau, Philippe Charlez revient sur l’échec de la COP 24 ainsi que les secteurs essentiels à la réussite de la transition énergétiques.

La COP 24 qui s’est déroulée en décembre dernier à Katowice a été considérée comme un échec. 3 ans après l’élan de la COP 21, les choses ne semblent pas avancer. Pourquoi tant de réticences et de difficultés ?

Plutôt que de COP 24 je parlerais de « Flop 24 » dans la mesure où rien ne s’est décidé. Je dirais même que nous allons à reculons puisque le Brésil a décidé de ne pas organiser la COP 25 l’an prochain. Il y a 2 principales raisons à cela. Dans un premier temps, la COP 21 peut être comparée à un contrat-cadre sans annexe. C’est un catalogue de bonnes intentions mais sans programme précis. Le deuxième gros problème est l’opposition qui existe entre les pays riches et les pays pauvres. Les grands besoins de transition énergétique sont dans les pays pauvres qui consomment la majorité du charbon et 60 % du pétrole mondial alors que les moyens se trouvent dans les pays riches. Les pays riches accepteront-ils de payer pour les pays pauvres ? J’en doute et c’est incontestablement un des gros blocages.

 

La transition énergétique n’est pas seulement une transition électrique. Quels autres secteurs vous paraissent essentiels pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ?

Effectivement, lorsque l’on parle de transition énergétique, on pense à la transition électrique vers les renouvelables alors qu’il y a beaucoup d’autres leviers primordiaux Je citerais en premier lieu les transports où 92 % de l’énergie consommée est du pétrole. Ensuite je citerais le secteur de l’habitat, gros consommateur d’énergie. La rénovation de l’habitat et la suppression des passoires énergétiques représentent un potentiel de gain énorme en termes d’économies d’énergie.

 

En mai prochain auront lieu les élections européennes, quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques de ce scrutin ?

Derrière les enjeux énergétiques, je dirais que le nationalisme est l’un des grands enjeux de la future élection européenne. En effet, la transition énergétique comprend 3 grands piliers : la sécurité énergétique, l’environnement mais également toute une partie économique. Parmi ces 3 grands piliers, le nationalisme va s’intéresser à l’aspect économique et à la sécurité énergétique, aux dépens du climat. Le nationalisme peut donc être considéré comme le grand ennemi de la transition énergétique. Selon moi, plus le résultat des élections sera profitable au nationalisme, moins la transition énergétique avancera en Europe.

1Philippe Charlez est expert en énergie de l’institut Sapiens. Son dernier ouvrage s’intitule « Croissance, énergie, climat, comment déplacer la quadrature du siècle ? ».

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