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Que retenir de ce sommet ?

Perrine Dutronc
15 janvier 2018

Le 12 décembre 2017, Emmanuel Macron, président de la République française, Jim Yong Kim, président de la Banque Mondiale et Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, ont réuni à Paris leaders internationaux et citoyens engagés venus du monde entier autour de l’urgence climatique. 12 engagements ont été pris et la One Planet Coalition créée qui s’assurera qu’ils soient tenus.

Mais au final que retenir de ce sommet et des 12 engagements auxquels s’ajoutent les diverses annonces faites lors des événements labellisés One Planet Summit entre les 11 et 13 décembre 2017 ?

Si quelques engagements peuvent particulièrement retenir l’attention, le sentiment général est bien résumé par une ONG : le paquet d’annonces « comprend quelques initiatives intéressantes, beaucoup de choses recyclées et dénote une absence de volonté politique forte ».
On peut cependant noter que les annonces émanent de différentes catégories d’acteurs et vont dans le sens du président Macron qui souhaitait mettre en avant « une coalition des coalitions » entre les Etats, les collectivités locales, les philanthropes, les industriels ou encore les financiers, la réponse au réchauffement climatique ne pouvant en effet être crédible que si « tous les acteurs sont réunis ». Cet objectif-là est donc atteint. La question de l’additionalité des engagements et de leur réalité reste ouverte mais ne boudons pas notre plaisir, la mobilisation internationale et particulièrement française était au rendez-vous.

Vers la fin du financement des énergies fossiles

Le début de la fin du financement des énergies fossiles se confirme.
La Banque mondiale, qui s’est engagée à aligner ses pratiques sur les objectifs de l’Accord de Paris, a annoncé la fin de ses financements à tout projet d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz après 2019. Ce n’est pas tant le volume qui est important que le symbole : les financements de la Banque mondiale vers l’industrie pétrolière et gazière ont représenté environ 1,6 milliard de dollars en 2016, à comparer aux plus de 400 milliards investis dans le secteur l’année passée.

Autre exemple, les banques françaises mettent les sables bitumineux sur le grill : BNP Paribas, Crédit Agricole, Société générale et Natixis ont annoncé qu’elles ne financeraient plus ces activités, ni pour certaines, les infrastructures de transport qui y sont associées. Le premier assureur mondial Axa a pris le même engagement tout en renforçant ses engagements précédents avec le « No new coal » soit ne plus financer les entreprises associées à tout nouveau projet de centrale à charbon, partout dans le monde.

Aligner les modèles de financement sur l’Accord de Paris

Second type d’engagements : la volonté d’aligner les modèles de financement sur l’Accord de Paris et sur les 2 °C maximum de réchauffement.
L’Agence Française de Développement a par exemple annoncé vouloir être maintenant « 100 % Accord de Paris ». C’est ainsi la première banque de développement au monde à déclarer vouloir s’aligner sur une trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre compatible avec l’accord signé à Paris en 2015. Il faudra maintenant que d’autres banques de développement adoptent rapidement un tel engagement.

Côté grandes entreprises, plus de 320 entreprises sont engagées dans la définition de leur propre trajectoire 2 °C, autrement dit cherchent à traduire la recherche de la neutralité carbone dans leur propre modèle économique, leurs investissements, leurs produits, … Près de 100 ont déjà leur cible d’émissions validées par des tiers externes et 900 autres ont déclaré leur intention de rejoindre ce club dans les deux prochaines années !

Elles sont par ailleurs plus de 200 à s’être publiquement engagées à suivre les recommandations de la Task Force on Climate-related Financial Disclosure (TCFD). Il s’agit de recommandations volontaires sur les informations climatiques que les entreprises devraient rendre publiques pour aider les investisseurs, les organismes prêteurs, et autres acteurs à prendre de bonnes décisions financières.

Côté investisseurs, 225 grands investisseurs institutionnels représentant plus de 26 300 milliards de dollars d’actifs sous gestion (dont HSBC ou le plus gros fonds de pension public américain, CalPERS) se sont engagés à faire pression sur les 100 entreprises cotées les plus émettrices de gaz à effet de serre. Il s’agira d’abord d’aider les 100 entreprises visées par cette initiative, baptisée « ClimateAction 100 + », à mettre en place des stratégies de baisse des émissions et de reporting transparent sur le climat. Si elles jouent le jeu, elles pourront sortir de la liste. Dans le cas contraire, les investisseurs useront de leur pouvoir d’actionnaires pour sanctionner les récalcitrants.

Du coté des Etats enfin, l’OCDE a annoncé sa volonté de comparer les budgets nationaux avec ce qu’ils devraient être pour être alignés sur l’Accord de Paris. La France et le Mexique ont déjà donné leur accord pour être parmi les premiers à opérer cette comparaison. Dans quelques mois, nous saurons donc très précisément si le budget voté chaque année par l’Etat français est compatible ou non avec l’Accord de Paris. Si tel n’est pas le cas, il sera alors très difficile de justifier les actuelles subventions qui vont à l’encontre de la lutte contre le dérèglement climatique.

Quant aux fonds souverains, même si on est encore loin de l’alignement sur l’accord de Paris c’est bien la première fois qu’un engagement public est pris par ce type d’acteurs et le fait est notable. A l’initiative d’Emmanuel Macron, la Norvège, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït et la Nouvelle-Zélande ont décidé de lancer une coalition inédite qui œuvrera pour diriger en priorité les financements vers l’action climatique. L’initiative sera pilotée par la France et la Norvège.

Changer les règles du jeu

Troisième type d’engagements : le changement des règles du jeu. L’enjeu n’est plus seulement d’accumuler les milliards d’investissements dans l’économie verte par les « bons élèves ». Il faut changer les règles qui régissent le fonctionnement de la totalité du système financier mondial en y intégrant le climat.

« Il est temps de déclencher un changement de comportement parmi les acteurs de la chaîne de valeur du secteur financier », explique l’exécutif européen dans le communiqué qu’il a publié à l’occasion du sommet. Au printemps 2018, il présentera un plan d’action global qui « devra stimuler le marché des produits financiers durables » en se basant sur les recommandations du groupe de haut niveau sur la finance durable pour une réforme du cadre financier de l’Union européenne. Avec pour objectif de réorienter les investissements vers des technologies et des entreprises plus durables.

Initier le changement : les engagements français

Cocorico, les grandes entreprises françaises mettent 300 milliards d’euros sur la table : 91 entreprises, représentant 1 500 milliards d’euros de chiffres d’affaires et plus de 6 millions d’emplois directs, ont lancé le French Business Climate Pledge. Ensemble, elles annoncent des investissements massifs pour passer à une société bas carbone. « De 2016 à 2020, nous prévoyons au moins 60 milliards d’euros d’investissements industriels et de R&D dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et le déploiement d’autres énergies bas carbone », indiquent-elles. À cela, elles ajoutent 220 milliards d’euros de financements de projets contribuant à lutter contre le changement climatique, 15 milliards d’euros dans le nucléaire et 30 milliards d’euros dans le gaz.

Cocorico encore, le secteur public s’engage à travers la Charte des investisseurs publics français en faveur du climat, qui représentent 600Mds€ sous gestion, par laquelle ces institutions publiques françaises s’engagent à mettre en œuvre une approche cohérente avec les objectifs de l’Accord de Paris et déclinée en 6 principes, notamment d’intégrer le climat dans leurs décisions d’investissement.

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