Innovation

Les invités de La Française

01 août 2017

A l’occasion de l’Innovation Week du 03 au 06 juillet 2017, Denis Jacquet et Nicolas Sadirac étaient les invités de La Française.

Interviewés par Xavier Lépine, Président du Directoire La Française, Denis Jacquet Président de l’Observatoire de l’Uberisation et Nicolas Sadirac Co-fondateur et Président de l’Ecole 42 se sont exprimés sur la mutation de l’économie et le rôle de la formation dans un contexte d’évolution technologique.

Le rôle de la formation dans un contexte d’évolution technologique

Nicolas, selon vous quels métiers apparaitront dans 10 ans ?

Bien évidement nous ne savons pas quels métiers apparaitront dans 10 ans. La problématique n’est pas de savoir quels métiers seront inventés mais plutôt la façon dont nous allons les exercer. Je pense que même les métiers qui existeront toujours vont profondément changer car nous allons voir apparaitre des systèmes automatisés d’intelligence artificielle ou de traitement de données. Ces systèmes vont capturer l’ensemble de la capacité cognitive et l’ensemble de la capacité à traiter la donnée en très grande quantité. De ce fait, le rapport entre l’être humain et le numérique va profondément changer  ;  chaque métier va se transformer en un métier plus créatif. C’est-à-dire que les parties automatiques et mécaniques, qui sont contenus dans nos métiers, vont être prises en main par des assistants, comme nous pouvons le voir en ce moment avec Google et Amazon qui se « battent » sur ces problématiques de l’assistant. Cette actualité reflète les enjeux liés aux rapports entre un couple humain-machine qui, lui va créer de la valeur contrairement à certains métiers. Durant ce processus, de nouveaux métiers vont apparaître pour créer cette interface ; tous les métiers vont se transformer et toute la partie « routinière » ou mécanique va disparaitre.

En fin de compte, il faut préparer les gens à aller chercher leurs propres valeurs, nous parlons là de valeurs humaines et non plus de valeur de traitement de données. C’est donc un changement beaucoup plus profond que la transformation des métiers dans le temps, c’est un changement de structure de la création de valeur.

Denis, comment est-ce qu’on forme et quel est le rôle de la formation ?

La formation est un levier fondamental, je n’ai pas la certitude pour l’instant que nous ayons véritablement pris le chemin pour le faire évoluer. En même temps, la formation est aussi au service d’un projet de société que l’on prenne la formation initiale ou la formation professionnelle. Elle a vocation à éclairer, libérer, normalement rendre autonome, développer l’esprit critique, développer l’intégration sociale et a une vertu fondamentale. Est-ce que nous l’avons toujours ou pas ? Cela est une autre question, mais elle est là pour se mettre au service d’une vision de la société.

Désormais, nous avons une société qui change mais l’éducation n’a pas changé sa vision de la société, ce qui est le premier levier à travailler. Lorsque nous regardons la formation professionnelle nous nous demandons si nous allons savoir utiliser ce levier pour aider à la mutation de ces métiers. Aujourd’hui, l’essentiel est à la fois de réfléchir à comment utiliser ce levier pour répondre à la problématique de réinsertion professionnelle pour ceux qui sont au chômage mais également pour ceux dont le métier va changer ou disparaître. Nous avons un levier fantastique avec un système qui est à la fois magnifique et totalement archaïque. Magnifique, car il sait encore produire des entrepreneurs de compétition et archaïque parce que nous voyons la perte d’étudiants qui partent sans diplôme, la perte d’un certain nombre de savoir fondamentaux, etc…

Ainsi, nous comprenons qu’aujourd’hui ce système demande une révolution assez colossale car nous sommes dans un siècle de créativité et pour le moment ce savoir descendant n’est pas le meilleur ami de la créativité. Il faut donc réinscrire un nouveau projet de société en mettant la formation au service de ce projet ce qui suppose deux changements fondamentaux : les systèmes et les hommes. Nous ne changerons pas le système sans les hommes ni les hommes sans le système car la réforme fondamentale réside dans ces deux piliers.

Un des principes de l’économie de la connaissance par opposition à l’économie de la vente de bien et de service est que lorsqu’on vend une connaissance on la garde en même temps. Nicolas, est-ce-que cela correspond au peer to peer ?

Je pense que l’idée va au-delà de ça. L’idée du peer to peer est de se détacher du passé. Lorsque vous avez une relation avec un professeur ou des étudiants, le professeur transmet le savoir figé tel qu’il a été donné à un moment donné. Le peer to peer, cela signifie que l’on va co-créer les choses ensemble. Nous sommes dans une situation où nous dépassons le problème de la connaissance, le problème n’est plus de transmettre de la connaissance mais de créer de la nouveauté qui n’est pas nécessairement connaissance car celle-ci peut être relative à un contexte donné. Nous essayons alors de mettre en place un système qui crée de la relativité permanente. C’est-à-dire que le groupe peer to peer va évoluer par rapport à son domaine et par rapport aux gens autour contrairement à un système figé où un normalisateur peut être un professeur, une faculté ou une institution. Cette vision darwinienne nous permet d’accepter l’incohérence et la différence au profit d’un système plus évolutif. Cela nous rapproche également d’un organisme qui fera des erreurs, mais qui dans un même temps ne sera pas figé dans son état répétitif.

Vous parlez de darwinisme où celui qui survit n’est pas forcément le plus fort mais le plus malin. Comment positionnez-vous les entreprises françaises par rapport à ce phénomène ?

Denis Jacquet :

Nous avons une difficulté « franco-française » qui est liée à la sociologie de nos entreprises. Nous avons les petites et les très grandes entreprises mais nous n’avons pas de corps intermédiaire, donc pas de colonne vertébrale comme il existe dans la société avec la classe moyenne. Les changements chez les deux entités ne sont pas les mêmes et le seul point commun est l’accompagnement. A savoir, comment accompagner les petites entreprises à s’emparer de ces outils pour réussir à muter, grandir et se développer. C’est l’enjeu des entreprises essentiellement de moins de 20 personnes. L’autre enjeu est celui des « grandes » qui dynamisent l’économie française et qui sont dans l’obligation de muter pour rester compétitifs.

Nicolas Sadirac :

Ma position ne me permet pas de répondre à cette question car au sein de l’Ecole 42 nous travaillons avec des entreprises qui sont soit très en avance dans ce domaine ou soit qui ont entrepris des démarches de mutation. Je pense que la France tient une position favorable car depuis les dix dernières années nous pouvons observer un mouvement qui s’opère dans l’intention de vouloir muter. La France a un écosystème qui est réactif face aux changements, nous le voyons grâce aux évènements mis en place à Paris autour de l’innovation qui rassemble de plus en plus de personnes.

Je pense que le retard est aujourd’hui dans les écoles car les entreprises sont plus proches d’un modèle de développement créatif que le système éducatif en dépit des initiatives mises en place.

Nous avons besoin d’un changement qui n’est pas une évolution mais certainement une révolution et l’immobilisme est un avantage dans la révolution.

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