La lettre de Xavier Lépine

Après le temps politique, le temps des marchés… Il est venu le temps des illusions !

Xavier Lépine
28 août 2016
A première vue, les marchés financiers nagent dans une relative sérénité. La crise des « subprimes » (ces prêts hypothécaires américains qui ont précipité la faille de la banque d’affaires Lehman Brothers) et la crise des dettes européennes semblent peu ou prou avoir été jugulées par les politiques volontaristes des banques centrales.

 

Depuis 2007, c’est l’assouplissement monétaire et le « quantitative easing » ou « QE » (rachat massif et systématique de créances) instaurés notamment par la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque centrale européenne (BCE) qui soutiennent les marchés financiers et l’économie. Le rôle des banquiers centraux est ainsi devenu primordial.

La BCE est passée en l’espace de quelques années de 10% à 30% de la masse monétaire de la zone euro. Un tiers de la dette française est aujourd’hui détenu par l’institut de Francfort. Si à l’origine la BCE achetait uniquement des emprunts d’Etat, elle acquiert également désormais des obligations émises par de grands groupes européens. De prêteur en dernier ressort, l’institution est passée au rang de prêteur en premier ressort.

Compte tenu du poids prépondérant et inédit dans l’Histoire de la banque centrale, se pose la question de la possibilité qu’elle puisse faire faillite et des conséquences d’une telle défaisance sur l’économie de la zone euro. Avec 100 milliards d’euros de fonds propres et 3.500 milliards d’euros de total de bilan, la BCE ne passerait pas, paradoxalement, les exigences de solvabilité exigées par les régulateurs. Tout ceci n’est pas très grave sachant que c’est elle qui fixe les taux de refinancement et qui décide in fine de la valeur de son portefeuille d’actifs.

Les risques de faillite de la BCE sont donc limités et les marges de manœuvre potentielles de l’institution sont encore importantes. Dans ces conditions, il n’y a aucune raison qu’elle abandonne sa politique de QE d’autant que la reprise économique n’est toujours pas au rendez-vous dans la zone euro, que le taux de chômage y demeure élevé, tout comme le niveau des dettes publiques. Les taux d’intérêt européens devraient donc rester bas pendant longtemps.

Les épargnants ont compris cette nouvelle donne. Ils savent qu’ils ne peuvent plus désormais espérer bénéficier de forts rendements sans prendre de risques. Du coup, l’investissement boursier revient sur le devant de la scène. Problème : les rendements à deux chiffres sont possibles pour les titres de certaines entreprises (notamment issues des pays émergents), mais ils ne sauraient constituer une norme.

La seule solution pour équilibrer le couple rentabilité-risque passe plus que jamais par une diversification du portefeuille. A côté de fonds obligataires et des paniers d’actions (les titres des entreprises américaines sont à privilégier car historiquement solides), l’investissement dans l’immobilier et même dans l’or apparaissent opportuns. Actuellement, un portefeuille diversifié rapporte entre 3% et 5% par an. A méditer…

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