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"Avec elle tout prospère, sans elle tout s'écroule"

Pierre Schoeffler
15 janvier 2017
La démarche spécifique de La Française en matière d’investissement socialement responsable, dénommée Stratégie Avancée d’Investissement (SAI), analyse la gouvernance comme l’un des cinq facteurs clés non financiers de la performance financière d’une firme.

Une gouvernance d’entreprise de qualité, pour autant qu’on puisse la qualifier par un équilibre des pouvoirs, la recherche du bien commun pour l’ensemble des parties prenantes (network governance), le souci de la dignité des personnes dans la sphère d’influence de l’entreprise, est aussi compliquée à qualifier et à identifier quantitativement que l’est la gouvernance des états.

On touche en effet à des notions comme la culture d’entreprise, la capacité à faire partager une vision et à exécuter une stratégie pour parvenir à l’accomplir, de même nature que le social trust dans l’univers politique, en fait on touche à la fabrication d’un mythe mobilisateur. Et pourtant, c’est sans doute le critère d’investissement à privilégier dans une démarche d’investissement car sans elle tout s’écroule : la finance, la valeur de la marque, le dynamisme de l’entreprise. Au niveau des états, la gouvernance est un indicateur directement relié à la création de richesse.

L’une des régions du monde où la gouvernance des entreprise et des états est reconnue comme exemplaire est l’Europe du Nord, c’est également l’une des zones économiques les plus dynamiques de la planète sur une longue période et ce n’est pas un hasard.

Les pays nordiques ont en effet réussi à créer un cocktail social particulier marqué par un niveau élevé d’individualisme et simultanément une grande confiance dans les institutions, qu’elles sont privées ou publiques. Les conditions de la réussite de ce cocktail sont comme on peut s’y attendre la transparence, l’intégrité et la responsabilité (accountability) à tous les niveaux. Les pays nordiques sont reconnus parmi les moins corrompus du monde et simultanément les plus ouverts sur le monde (les exportations y dépassent 50% de leur PIB). La bonne gouvernance leur donne une ossature qui leur permet d’assumer un choix délibéré de s’ouvrir « au vent glacial de la concurrence » comme le dit le Premier ministre suédois et en conséquence de bénéficier d’une excellente compétitivité, moteur de croissance à long terme.

 

La bonne gouvernance de l’empire se voit à ce qu’un fou ne règne qu’une fois par siècle.

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien

Malheureusement rien ne garantit qu’un système de gouvernance, aussi performant soit-il, délivre toujours le résultat désiré. Si l’on prend le monde politique en exemple, les pères fondateurs de la constitution américaine ont pris toutes les précautions, y compris les recommandations de Montesquieu, pour empêcher qu’un populiste n’arrive au pouvoir: ce qui n’a pas empêché l’irruption du phénomène Donald Trump. Périclès à Athènes avait eu le même souci, ça n’a pas empêché Alcibiade d’arriver au pouvoir. Comme Marguerite Yourcenar le fait dire dans la bouche de l’empereur Hadrien: la bonne gouvernance de l’empire se voit à ce qu’un fou ne règne qu’une fois par siècle.  Il me semble donc que la gouvernance fasse partie de ces risques extrêmes qui sont si difficiles à intégrer dans une gestion opérationnelle au jour le jour, mais si nécessaires à saisir pour éviter la faillite.

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