Innovation

L'invité de La Française

28 juillet 2017

A l’occasion de l’Innovation Week du 03 au 06 juillet, Françoise Bronner était l’invitée de La Française.

Interviewée par Marc Bertrand, Président de La Française REM, Françoise Bronner chercheur en organisation et espace et Co-fondateur d’Audacity & Space s’est exprimée sur l’impact des nouveaux modes d’organisation et aménagements des espaces de travail sur l’innovation.

Impact des nouveaux modes d’organisation et aménagements des espaces de travail sur l’innovation

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste le métier de chercheur en organisation des espaces de travail ?

Je mène des recherches sur l’articulation des modes de travail, des technologies et des espaces dans les processus d’innovation. Au sein de la structure Audacity & Space, je co-crée, avec les futurs utilisateurs, des environnements qui sont dédiés à la transformation. Cette transformation peut être progressive avec des espaces projet, ou bien disruptive avec des « centres des futurs ». Je développe également des applications de « co-botique », c’est-à-dire de robotique collaborative pour mon métier de chercheur.

 

Qu’identifiez-vous aujourd’hui dans votre métier comme grandes tendances d’innovation sur les espaces de travail ?

Désormais, la grande tendance concerne moins l’espace que les modes d’organisation et les nouveaux modes de travail agiles avec la créativité, la résolution de problèmes et la prise de décisions accélérées. L’innovation n’est pas un lab et ce n’est pas un lieu. Cependant, si vous avez une entreprise avec des défis à relever ou des problèmes réels, nous pouvons mettre en place des nouveaux modes d’organisation, de nouvelles formes d’équipe ou de nouveaux types de processus (open innovation, design thinking, co-desgin) afin de mettre en place un environnement de travail qui va permettre aux équipes de performer.

Les trois tendances sont :

  • Les nouvelles formes d’organisation, les nouvelles formes d’équipe :
    • quatuor agile,
    • les essaims qui sont des équipes beaucoup plus fluides et larges qui s’assemblent au grès des projets selon les différents modèles économiques,
    • les équipes dites « high performance » qui sont assemblées comme des commandos dans des situations d’urgence ou des situations extrêmes.
  • La robotique collaborative.
  • Les neurosciences (c’est-à-dire l’assistance par l’intelligence artificielle).

 

Quelles sont les idées reçues auxquelles vous devez faire face dans votre quotidien ?

La première grande idée reçue vient de la notion d’accompagnement au changement. Au sein d’une entreprise les collaborateurs peuvent penser que nous allons les accompagner alors qu’ils sont tout à fait capables d’être acteurs du changement. Le changement en soi ne présente aucun intérêt, ce qui est fondamental c’est de voir comment un métier évolue et c’est dans la nature de tous les métiers d’évoluer. Les collaborateurs sont donc plus enclins à réfléchir ensemble, bien évidemment en s’inspirant des pratiques appliquées dans d’autres industries, d’autres branches ou d’autres pays pour réinventer leur métier et l’amener à un état de l’art.

La seconde idée reçue est qu’il faille mettre en place un lab d’innovation, mais l’innovation n’est pas un lieu. Il serait donc plus judicieux de dépenser l’argent du lab à emmener un groupe de collaborateurs en voyage à la rencontre d’autres entreprises qui ont rencontré les mêmes problématiques et qui ont innové dans la réinvention de leur métier (nouveaux business model, nouvelles formes d’organisation, nouvelles technologies et nouveaux espaces).

Enfin, le dernier poncif veut établir des codes à l’innovation avec par exemple l’idée d’une salle de créativité obligatoirement colorée est erroné. Durant le processus de créativité, il y a une phase clé qui est celle de la divergence, c’est-à-dire de l’ouverture du champ des possibles. Cet état est possible dans une architecture avec des grandes hauteurs sous plafond – dans les « centres des futurs » vous rencontrez de tels espaces – associés à des espaces avec des hauteurs sous plafond moindres pour un phénomène de convergence. Il faut différents types d’espaces pour favoriser et créer les conditions de « l’Eureka ».

 

Comment définiriez-vous un lieu inspirant pour l’innovation ?

Au départ, ce qui m’inspire avant le lieu c’est le défi à relever ou le problème à résoudre. La créativité en soi est liée à la création mais également à l’art ou la passion. Dès lors que vous avez une problématique à résoudre il faut pousser les réflexions autour de ce sujet afin de définir ses enjeux. A partir de ce projet, nous allons réunir une diversité de compétences et de parties prenantes. Nous allons mettre en place un mode d’organisation en réunissant une équipe avec qui nous allons co-créer et de façon rapide le bon espace projet par rapport à la problématique. Ce qui m’inspire c’est la dimension et la cohérence entre la réinvention ou la régénération par rapport à un défi à relever, les compétences que nous allons assembler ainsi que les outils et ressources à notre disposition.

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