Impact Carbone

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour éviter des surmortalités futures ?

17 juin 2020

Retour sur la conférence du Pr Christian Gollier animée par Laurent Jacquier-Laforge Global Head of Sustainable Investing du Groupe La Française.

Entre la crise du COVID 19 et la crise climatique, de nombreuses dimensions sont de même nature au-delà de la dimension environnementale commune. La plus frappante d’entre elles réside dans l’interdépendance entre l’individuel et le collectif. Chacun a peu d’intérêt à faire des efforts individuellement mais les efforts (ou absences d’efforts) de l’un vont avoir un impact sur l’autre. C’est toute la question de la gestion des externalités : comment inciter les uns et les autres à les mesurer, les intégrer, faire les efforts nécessaires et comment les coordonner pour une efficacité maximum. Dans les deux cas, crise sanitaire comme crise climatique, le laisser faire n’est pas une option car trop coûteuse à tout point de vue (social, moral, économique). Il nous faut donc agir.

La problématique climatique se différencie cependant de celle du COVID 19 par la temporalité qui la régit. Alors que le bénéfice des efforts est immédiat pour le COVID 19 (et la récompense sous forme de déconfinement par exemple également), pour le changement climatique les efforts bénéficieront aux générations futures et s’étendront sur des temps très longs. Que sommes-nous prêts collectivement et surtout individuellement à sacrifier pour éviter des surmortalités futures ? Car éviter la crise climatique relèvera d’un choix et ne nous sera pas imposé par la finitude des énergies fossiles dont les réserves sont encore extrêmement importantes. Or le choix de recourir, par exemple, à des énergies renouvelables est un choix économiquement coûteux et qui le restera dans un futur proche. Parier que la technologie gagnera la course de vitesse avec le changement climatique est un pari très osé. Il ne peut être la seule option. Et pourtant c’est bien à une course de lenteur dans les efforts en termes de réduction de CO2 à laquelle nous assistons depuis 30 ans. La combinaison d’un changement de trajectoire qui coûtera nécessairement plus cher, d’une problématique de passager clandestin qui fait qu’il vaut mieux laisser les autres faire les efforts et enfin d’un temps démocratique très court, ne joue pas en faveur d’une anticipation ou d’une résolution en douceur de la crise climatique à venir.

Le paradoxe est qu’une solution est connue de tous depuis longtemps : la taxe carbone, ou donner un prix pour intégrer cette externalité, une démarche compatible avec l’intérêt général. Les estimations de son niveau convergent aujourd’hui vers un prix de 50€/tCO2e. Et si la taxe carbone paralyse c’est que la théorie du passager clandestin y prend tout son sens. La décision de l’appliquer en amont d’autres Etats et dans des cadres de libre-échange et accords commerciaux complexes et contraignants rend celui qui la prend (l’Europe par exemple) plus vulnérable, au moins dans un premier temps. Mais pour les politiques comme pour les entreprises, se projeter à long terme ne peut se faire que si l’on survit à court et moyen terme …

Si donc la baisse des émissions de CO2 ne peut pas être le fait du politique (puisque le citoyen rejette l’effort), elle peut être pilotée par une finance qui deviendrait durable et imposerait aux entreprises les sacrifices que les électeurs ne voudraient pas spontanément consentir. L’utilisation d’un prix de 50€/tCO2e dans le calcul de la frontière efficiente rendement / risque permettrait de rebattre les cartes et de diriger l’économie vers la nécessaire transition. Elle pourrait s’appuyer sur une institution politique européenne à créer : la Banque Centrale du Carbone (BCC) qui remplacerait le système de quotas européen de carbone, inefficace, et garantirait les prix du CO2 sur le long terme et indépendamment des politiques et des aléas économiques. La BCC, en fixant un chemin clair et crédible pour le prix du carbone, résoudrait une bonne partie de l’insoluble équation climatique.

Retrouvez la présentation du professeur Gollier

Et « Le climat après la fin du mois » aux PUF Date de parution : 01/05/2019

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