Perspectives

L'Allemagne

Jacques Ninet
05 juillet 2017

Que doit-on retenir d’une séance particulièrement riche, marquée par l’intervention de l’ambassadeur Nikolaus Meyer-Landrut et des exposés très instructifs sur la situation politique allemande ou la transition énergétique ?

Cas unique dans les grandes démocraties, la stabilité politique allemande tient à la fois à la stature internationale que Mme Merkel a acquise, notamment dans la crise des réfugiés, et à la réussite économique dont témoignent le budget excédentaire, la balance commerciale record et le plein emploi.

Tournées naturellement vers l’exportation et continuellement à la recherche de l’excellence, les entreprises du Mittelstand constituent la force essentielle d’une économie allemande fondée sur la modération salariale et la négociation sociale.

Au plan international les sujets cruciaux ne manquent pas : L’Europe et la nécessaire relance franco-allemande ; la relation au monde anglo-américain, qui doit être revue après le Brexit et l’élection de Trump ; la Russie de Poutine dont la duplicité rend les intentions vis-à-vis de l’Occident peu lisibles, entre coopération incontournable et confrontation à des fins de prestige interne.

La marche vers une politique de défense et de sécurité commune, certes facilitée par le retrait britannique, reste entravée par des divergences de conception et surtout par la faiblesse des moyens (budgets, armement).

La transition énergétique allemande apparaît remplie de contradictions, entre l’abandon total du nucléaire programmé pour 2022 et le recours massif au charbon et au lignite (50% de la production d’électricité), Le remplacement de réacteurs nucléaires, au sud, par des Éoliennes, au nord, révèle la faiblesse du réseau Haute Tension et la nécessité d’entreprendre des travaux d’envergure sur les dix prochaines années. D’un point de vue écologique, le mix actuel est catastrophique avec des émissions de carbone 10 fois supérieures à celles de la France. L’électricité coûte deux fois plus cher au ménage allemand qu’au ménage français.

Ce tableau globalement très positif comporte quand même quelques ombres. La démographie tout d’abord, avec des perspectives de diminution de population à hauteur de 5 à 10 millions, selon les hypothèses d’immigration, à l’horizon 2050. Un taux de pauvreté qui touche plus de 20% de la population, laissés pour compte par la modération salariale et la réforme du contrat de travail. Les infrastructures, fortement dégradées faute d’investissements suffisants. Et la nécessité d’augmenter sensiblement le budget de défense (actuellement 1,3% du PIB).

 

Ce résumé est extrait du Comité de Prospective, Séance du 07 juin 2017, rédigé par Jacques Ninet.

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